samedi 22 octobre 2011

Les cravates et la fin du pétrole

Je suis allée mardi dernier à une petite conférence dans le cadre de l'inauguration de la Maison du développement durable. C'est le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ) qui parlait des "opportunités" qui se présentent dans une démarche pour mettre fin à notre dépendance au pétrole. Le RNCREQ coordonne l'organisation des Rendez-vous de l'énergie, qui auront lieu du 16 au 18 novembre prochain, à Shawinigan, sous le thème: "Peut-on imaginer le Québec sans pétrole. J'ai appris des chiffres intéressants:  le pétrole représente 38,2% de l'énergie consommée au Québec, et est à 100% importé..": . 

C'était particulier, parce qu'il était question des conséquences néfastes de notre dépendance au pétrole, du pic pétrolier, etc., tout ce dont parlent les mouvements de Transition et de la décroissance économique soutenable depuis longtemps.... mais dans une optique et avec le langage de la croissance économique.

Ça m'a beaucoup questionnée au début. Non, la croissance économique, c'est un leurre, c'est mal! 

Mais dans un deuxième temps, je me dis que c'est excellent que les écolos des conseils régionaux de l'environnement se mettent à parler le langage du monde des cravates, que des hommes à cravate (la majorité des intervenants de leur forum) se penchent sur la question de la fin du pétrole et de l'environnement. D'ailleurs, j'écris cela et la distinction est un peu ridicule entre "les écolos" et "les cravates": les cravates, ce sont mes oncles, mon père, certains de mes clients! Nous sommes tous dans le même bateau. Et avant qu'un homme à cravate, un Groulx-Petit comme dans Cité Carbone, se retrouve à aller manifester au Square-Victoria... tous les écolos de ce monde ont le temps d'apprendre le langage de la croissance économique. Simplement pour que ceux qui détiennent le pouvoir sur les rouages de l'effrayante machine qu'est le monde actuel puissent se sentir en sécurité - un élément de base pour être en mesure de s'ouvrir l'esprit. Pour que ceux qui font fonctionner la machine en pensant de bonne foi participer à l'évolution du monde puissent se libérer des illusions mentales puissantes (qui font interpréter comme des bonnes nouvelles des chiffres qui représentent en fait la destruction d'habitats naturels, par exemple), pour qu'ils puissent voir la réalité, peut-être faut-il parler leur langage?

Je conçois de plus en plus la dépendance à l'argent, au pouvoir qu'on doit ressentir quand on fait dynamiter des montagnes et déplacer des villages entiers pour creuser des mines, je la conçois comme une addiction, et ceux qui en souffrent, comme des junkies: déconnectés de la réalités, égoïstes, vides et avides. Comme le démontrait le film The Corporation: les grandes entreprises ont les caractéristiques des psychopathes. 

Mais finalement, on pourrait se retrouver avec des multinationales dont le but est de faire des profits pour ses actionnaires, mais qui feraient de l'énergie solaire, ou bien un train grande vitesse entre Montréal et Québec, ou bien des maisons chauffées par géothermie. Ça serait quand même mieux. Mais les autres démarches pour plus de partage resteront encore à faire...
À la conférence, un monsieur qui travaille dans le pétrole m'a acheté un exemplaire de Cité Carbone.
J'adore ça. Je ne veux plus considérer qu'il y a "eux" et "nous. Un mot m'a frappé au passage, récemment: non-dualité. Il n'y a pas "eux" et "nous", il y a une multitude de courants, de personnes, de situations singulières, et tout coexiste, et il en sera toujours ainsi. Non-dualité: accepter l'impossibilité de fixer les choses une fois pour toute, accepter l'impermanence, accepter de participer à une danse incontrôlable et dont le sens dépasse l'entendement mental.
Je vais aller jouer dehors.

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